Accueil ACTU Monde Alep, Raqqa, Nice, qui est l'ennemi ? Pas Damas de toute évidence…

Alep, Raqqa, Nice, qui est l'ennemi ? Pas Damas de toute évidence…

Damas & Moscou ont tenu à partager notre deuil suite au drame de Nice. Merci à eux. Au-delà, n’est-il pas temps de nous réveiller & de revoir nos erreurs & nos alliances au Levant. Le Caire, Damas & Beyrouth avant Doha & Riyad…

« Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance ainsi qu’une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, peu importe ce qu’il en coûtera, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains de débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines; nous ne nous rendrons jamais, et même si, bien que je n’y crois pas un seul instant, cette Île ou une grande partie de cette Île serait asservie et affamée, alors notre Empire au-delà des mers, armé et gardé par la flotte britannique, continuera de lutter, jusqu’à ce que, quand Dieu le voudra, le Nouveau Monde, avec tout son pouvoir et sa puissance, viendra à la rescousse libérer l’Ancien »[1].

Winston Churchill, 4 juin 1940

| Q. Visiblement, à Nice, rien n’a fonctionné. Pourquoi ?

Jacques Borde. Pourquoi « à Nice » ? À Charlie-Heddo, au Bataclan, à l’Hyper Casher non plus rien n’a vraiment bien fonctionné. Voire pas du tout.

| Q. Et pourquoi ?

Jacques Borde. Pour plein de raisons : une clé d’explication unique ne saurait satisfaire l’historien de formation que je suis. Alors, dans le désordre :

1- parce que nous avons perdu depuis belle lurette notre expertise et notre sens critique. Remontons jusqu’à 1994, la prise d’otages du Vol Air France AF 8969 Alger-Paris par un commando du Groupe islamique armé (GIA), les 24 et 26 décembre, n’a pas fait l’objet d’un RetEx suffisant. Or, cette opération, dont nous nous faisons des gorges chaudes, n’a pas été si exemplaire que ça. Loin de là.

Et, depuis, à citer des titres de film, plus que Fast & Furious ça a été le Grand sommeil

2- parce que, de manière tout aussi erronée, nous nous sommes par trop auto-satisfaits des opérations réalisées à Toulouse (Merah), à l’Hyper-Casher, etc.

3- parce que même conscients du plantage quasi-général du Bataclan, nous refusons désespérément de nous remettre en cause.

| Q. De quelle manière ?

Jacques Borde. Jusqu’à quand va-t-on trouver normal que pour liquider Merah, qui n’avait sur lui que deux armes de poing (des .45) approvisionnés à 8 coups maximum chacune, on a été jusqu’à cribler les murs mais aussi le… plafond d’impacts ? Merah ou Spiderman : qui était au juste dans la pièce ?

Idem au Bataclan où le RAID s’est tiré dessus et aurait abattu son son propre chien ?

Pourquoi en sommes-nous là, avec des membres du GIGN qui traitent leur patron de… mauviette ?

Plus généralement, et comme l’a fait Vincent Hervouet, il faut se demander si « faire la guerre non pas pour le roi de Prusse mais pour l’émir du Qatar est si malin que ça ». Alep, Raqqa, Nice, qui est l’ennemi ? Pas Damas de toute évidence… [2].

Parce qu’à défaut de pouvoirs publics à la hauteur, nous ne sommes toujours pas en guerre contre le véritable ennemi du genre humain qu’est Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH) [3]. Et pire de voir contre qui, sommes nous sûrs de voir aux côtés de  qui nous la faisons ! Comme le dit encore Vincent Hervouet, « quand on explique comme l’ancien ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, que le Front Al Nosra [4] fait du bon boulot . Si le Front Norsa fait du bon boulot en égorgeant les Alaouites et les Chrétiens en Syrie, pourquoi pas le faire ici, aussi ? » [5].

| Q. Que faire ?

Jacques Borde. Chto dielat ? Comme disait Lénine. Ouvrage sous-titré : Questions brûlantes de notre mouvement. Nous, les remises en cause ont été tièdes, voire carrément mises dans un congélateur dont on aurait jeté la clé.

Que faire, donc ? Techniquement, il faut d’abord réécrire le logiciel, et inverser quelques-uns de nos critères et, ensuite, passer à une stratégie d’éliminations préventives. Sinon, désolé, nous n’arriverons à rien…

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. En premier lieu – et je sens que je vais en faire hurler plus d’un – le premier critère de sélection en termes de Renseignements doit être, non pas l’Islam (trop vaste et imprécis) mais ceux de violence armée, de passage derrière les barreaux (et avec qui) et de multi-récidive, puis celui de consultation de sites djihâdistes takfirî. Les critère de religiosité (lesquels d’ailleurs) à proprement parler arrivant derrière ceux-là, voire quelques-autres.

Côté positif de la chose : rien que la police ne sache bien faire.

| Q. Donc, si je vous suis : le critère de radicalisme islamique n’est pas le plus important ?

Jacques Borde. Oui et non. Non : parce que passés les Fichés S, il n’existe pas ! Et, je vous le répète, en termes d’efficacité, le critère de religiosité est trop flou.

Trois choses d’abord :

1- beaucoup des taupes takfirî sont des Français de souche (sic) fraîchement convertis. Donc pas scanables (sic) et repérables comme musulmans.

2- la pratique de la taqîya – ou dissimulation quoique je préfère le terme d’occultation – permet à des agents dormants d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām, de passer au travers des mailles du filet.

3- sur les nombreux témoignages remontant de Nice, nous avons des hommes et des femmes de toute évidence de religiosité et/ou de culture musulmanes tout aussi frappés de sidération et d’horreur que d’autres de nos compatriotes [6].

4- la majorité des musulmans ne se reconnaissent pas des ces crimes ; le critère est donc trop flou, s’il n’est pas associé à d’autres. Se focalise-t-on sur le marqueur chrétien, pour d’autres crimes ? Non. On pourra certes marquer une recherche dans une enquête d’un critère chrétien fondamentaliste [7], mais chrétien seul est trop vague. Même cause, même effet ! Le marqueur musulman ou Islam est, lui aussi, trop vague..

| Q. Quel marqueur utilise-ton aujourd’hui  ?

Jacques Borde. En fait, et soyons franc, actuellement : aucun de suffisamment rigoureux ! Le seul qui aurait sens est celui de takfirî, mais que quasiment personne n’utilise. Une pléthore de termes servent à à peu près tout le monde. Remarquez, aux États-Unis, il fut un temps ou la CIA, le FBI, Pentagone et le US Department of State n’avaient pas la même définition du terrorisme !

Ce que je veux dire est que, là aussi, nous souffrons de notre pusillanimité à nommer les choses, l’ennemi notamment. De fait, il n’existe aucune définition claire du marqueur islamiste-radical. Quelques exemples, si vous le voulez bien :

Primo, le terme As-Salafiyya est couramment utilisé mais il est impropre car, encore une fois, pas assez précis. Quelque part la Salafiyya, c’est une sorte de Réforme appliquée à la religion musulmane. Que sommairement, on divisera en trois courants :

1- la Salafiyya al-Da’wa, ou quiétiste, dite aussi Salafiyya littéraliste. C’est tout simplement un Islam du retour aux sources, celui des compagnons du prophète (et des deux générations derrière). Les As-Salaf al-Salih : les pieux prédécesseurs.

2- la Salafiyya dite réformiste, qui se retrouve dans de nombreux mouvements politiques. Et, là, c’est un peu l’auberge espagnole.

3- la Salafiyya al-jihâdiyya, ou salafisme révolutionnaire, qui est apparu (et n’a pas été créé, ce n’est pas la même chose) lors de la Guerre d’Afghanistan dans les années 1980. prône une action armée pour imposer l’Islam des origines.

Quelque part, le wahhabisme, officiellement en vigueur en Arabie Séoudite et au Qatar se situe entre le ”1” et le ”2”.

| Q. Mais pourquoi a-t-on autant de mal à s’y retrouver, ou, pour rester dans le champ religieux, séparer le bon grain de l’ivraie ?

Jacques Borde. Ah, la parabole de Matthieu [8]. Là encore pour plusieurs raisons :

1- les Kamiz brunes takfirî comme je les nomme, y font elles-mêmes référence. Ainsi le groupe fondé par Iyad Ag Ghaly (cheikh Abou Elfade) a pour nom : Jum’a Ansar al-Dîn al-Salafiyya (Ansar Dîn) [9]. Donc, in fine, pourquoi pas des Occidentaux ?

2- beaucoup de nos sources et référents sont des universitaires, souvent le nez collé sur leur sujet, totalement profanes dans les questions de Renseignements. Très souvent, trop souvent, de ce simple fait leur bavardage n’a aucun intérêt…

| Q. Vous êtes sans concession ?

Jacques Borde. Parfaitement. Je vais vous donner un exemple : sur une chaîne d’info, un universitaire, probablement incollable sur ses sujets de thèse et au demeurant fort sympathique, s’en est allé à comparer les Takfirî aux Amish [10] nord-américains. C’est totalement inapproprié. Pourquoi ?

1- les Amish sont résolument no-violents.

2- la plupart d’entre eux n’ont pas de véhicules à moteur. À Nice, un Amish n’aurait sans doute pas su démarrer le camion !

À la limite la communauté la plus comparable aux Wahhabî [11] serait les… Mormons qui ont eux, au milieu des années 1800, leurs pics de violence.

Donc :

1- cessons de dire n’importe quoi.

2- décidons-nous à comprendre qu’à Alep, Raqqa et Nice, l’ennemi n’est, de toute évidence, pas Damas…

Notes

[1] «We shall go on to the end, we shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our Island, whatever the cost may be, we shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender, and even if, which I do not for a moment believe, this Island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God’s good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old».

[2] LCI (15 juillet 2016).

[3] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

[4] Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām.

[5] LCI (15 juillet 2016).

[6] Et de nombreuses victimes, elles aussi, de culture et de religion musulmane.

[7] Ceux que font les SR intérieurs américains en cas de crimes visant les cliniques et praticiens de l’avortement par exemple.

[8] « Il leur proposa une autre parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ. Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla. Lorsque l’herbe eut poussé et donné du fruit, l’ivraie parut aussi. Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n’as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Il leur répondit : C’est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions l’arracher ? Non, dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier ». Évangile selon Matthieu, Chapitre 13, versets 24-30.

[9] Groupe des défenseurs salafistes de la religion.

[10] Communauté anabaptiste, fondée en 1693 en… Alsace par Jakob Amman. La communauté Amish est aujourd’hui présente surtout en Amérique du Nord. Avec quelques éléments en Amérique du Sud.

[11] Mais pas aux Takfirî.

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