BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN. Considérations sur l’affaire Zemmour, qui divise

D’ici à fin avril, toute la politique française sera distraite par les élections présidentielles.
Ce qui, à mes yeux, est dramatique et comique à la fois, c’est qu’un milieu qui devrait posséder des anticorps, ne serait-ce que pour avoir lu Drieu La Rochelle, pense que :

a) quelqu’un deviendrait Président de la République sans avoir préalablement reçu le soutien concret d’un grand nombre de pouvoirs réels ;
b) le résultat du vote n’est pas soigneusement contrôlé et orienté (tout comme, en amont, celui des sondages) ;
c) un Président de la République qui n’a pas à ses côtés un appareil politique et administratif consolidé peut décider quelque chose ;
d) les décisions d’un Président de la République peuvent être indépendantes de la mécanique en place, de la technologie dominante et des engagements du capital.

Et jusqu’ici, nous restons au niveau maternelle de la « politique » et rien de nouveau sous le soleil.

 

Pour ces élections présidentielles, en revanche, se crée le « phénomène Zemmour », un phénomène sur lequel certaines centrales internationalistes et progressistes du pouvoir économique travaillent depuis au moins deux ans.
Si on laisse de côté les absurdités sur les illusions de changement confiées à un élu de la providence, il est possible d’aborder de manière opportuniste ce « phénomène Zemmour ».

J’entends dire qu’il aurait le mérite de « mettre les bonnes questions au centre du débat ». En ce qui me concerne, je ne suis pas d’accord : il pose des questions banales avec des solutions abstraites, utopiques, impraticables et, surtout, il exprime le chant du cygne réactionnaire historique et récurrent. C’est un « ça suffit maintenant ! » qui à tout moment de l’histoire n’a jamais produit d’autres conséquences que la capitulation finale. Je n’y trouve aucune vue d’ensemble qui tienne compte des connexions entre toutes les questions qui se posent (immigration, économie et rapports de force), je ne vois aucune proposition économique ou technique orientée vers l’avenir, mais, surtout, il exprime un imaginaire que je ne peux partager qu’à un pourcentage nettement inférieur à dix pour cent de ce qu’il dit, et de toute façon, même lorsqu’il y a accord, en fait c’est pure apparence.

Jusqu’à là il s’agit de considérations subjectives. Mais ce qu’il y a d’objectif c’est que, quels que soient les effets du « phénomène Zemmour », il sera déterminant pour bouleverser le cadre de la droite nationale et le rebâtir ultérieurement.

Quiconque, laissant de côté des illusions et des enthousiasmes déplacés, entend exploiter cette dynamique « de manière léniniste », doit se rendre compte de deux choses :

a) aucun de ceux d’entre nous qui croient pouvoir bondir sur l’occasion n’aura de poids à moins qu’il ne reste complètement autonome, indépendant, et ne se range derrière aucun des futurs réunificateurs possibles (qui seront en concurrence les uns avec les autres) ; car rester derrière un personnage, c’est lui appartenir et certainement pas l’influencer.

b) Quelle que soit la considération que chacun, individuellement, puisse avoir pour Zemmour, même s’il arrivait à caresser l’intention – que personnellement je trouve stupide – de voter pour lui, s’il passe à la vitesse supérieure qui est celle du soutien, de la propagande et de l’identification dans sa ligne, il se montrera à la fois naïf tout en pratiquant un geste un petit peu inélégant.
Cela dit, chacun fera ce qu’il pense, nous tâcherons de ne pas nous disputer.

Je n’ai pu m’empêcher de prendre position car je n’aime pas faire comme si de rien n’était : le « phénomène Zemmour » à mes yeux a plusieurs conséquences possibles, les négatives l’emportent de loin sur les positives mais je ne suis pas de ceux qui fuient les problèmes et, par conséquent, il faut tenir compte de ce qui se passe.

En même temps, pour des raisons politiques, par mentalité, par tradition culturelle, par sensibilité, il faut choisir un camp : le mien est contraire à ce Monsieur. Mais bien sûr et surtout, il faut penser à l’avenir, lorsque d’ici quelques mois le tableau aura complètement changé et certainement pas de la manière agréable que certains s’imaginent.

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